Mon premier marathon [2/2]

Prêts pour la suite du récit ? Nous en étions au 25e km. Un bike path m'attendait. Jusque-là, tout roulait. Mais, un marathon, si c'était facile, ça se saurait.


Vous avez loupé le début ? C'est par là : Mon premier marathon [1/2]

Le bike path - miles 16-20 (km 25-32)

J'ai été surprise de découvrir une voie assez étroite et sinueuse. Je ne m'attendais pas à ça. Ca allait vite autour de moi. Je ne gravitais plus autour des mêmes personnes et je ne comprenais pas bien pourquoi. Avais-je accéléré sans le vouloir ? Ca commençait fort avec le passage sous une highway. Sinueux, combo descente-montée pour passer dessous et se retrouver de l'autre côté. Et ça continuait : virages, montée, descente, passage sur un petit pont. Ca demandait de la reprise, un changement de rythme. Je l'ai vécu comme un choc après toutes ces avenues longues et larges. Finalement, une ligne droite. Reprendre mes esprits. J'étais dans le 17e mile. Impossible de flancher si tôt. Je m'étais faite distancer. Dépasser ? Je ne sais pas. Je me suis forcée à boire et à manger. J'ai sorti une 3e pâte d'amandes, mais ça ne passait pas. J'ai opté pour un energy chew, facile à avaler.

J'ai repensé à mes long runs sur lesquels je n'avais jamais été en difficulté aussi tôt. Ca m'a fait un peu paniquer. Le mur, déjà ? Non, trop lucide. Ce n'était qu'un passage difficile. Je m'en suis convaincue. Le plus dur était à venir. Je devais rester forte. Pas question de lâcher maintenant.

©Scott Christopher Stolarz Photography - on clique pour agrandir

Se concentrer, ne pas douter et juste continuer. Au fur et à mesure, je me suis rendue compte que c'était dur pour les autres aussi. J'ai rattrapé des mecs qui marchaient. Plus de visibilité devant, j'ai réalisé que mon rythme (que je pensais laborieux) me permettait de raccrocher beaucoup de coureurs. Sur le moment, je ne savais pas si j'avais ralenti avant et repris maintenant du poil de la bête, ou si les autres avaient ralenti. Je me rendais juste compte que des mecs qui étaient devant moi depuis le départ (car jamais vus auparavant) étaient en difficulté. Je me souviens notamment d'un coureur super sharp (je le vois sur une ligne de départ, je le vénère), arrêté sur le côté, mains sur les genoux.

C'est peut-être méchant, mais ça m'a rassuré et reboosté. C'était dur pour tout le monde. C'était donc NORMAL d'avoir du mal.

Peu de spectateurs sur cette partie, car peu accessible. Un petit groupe, tout de même, et j'ai entendu : "She is still smiling!". Une spectatrice déjà croisée. Arrivée à sa hauteur, elle m'a dit : "You make it look easy.". J'ai répondu : "It's not.". Car, là, clairement, ça ne l'était plus.

Un peu de visibilité, de temps en temps, j'ai vu que je grapillais sur une femme devant moi. Je n'ai pas cherché à la doubler, aucun intérêt, j'étais loin du sprint final. Mais, petit à petit, je l'ai dépassée. Juste après, même schéma, j'ai dépassé 1 ou 2 autres femmes.

Le bike path, c'était absolument pas la partie relaxante et sereine à laquelle je m'attendais. Pas de "moment calme" pour me recentrer, attaquer le dur au 18e mile et me préparer aux rolling hills. Le mode "GAME ON" avait été mis en route, sans prévenir.

Les rolling hills - miles 20-22 (km 32-35.5)

Finalement, j'ai vu au loin qu'on tournait sur la route. Fini le bike path. Soulagement sur un seul point : une étape franchie, ligne d'arrivée plus proche. Mais ce n'était pas une partie de plaisir qui m'attendait, je le savais. C'était là que j'avais pensé le début des difficultés...

Lors de notre repérage en voiture, le playboy m'avait dit : "Ah oui, ça monte/descend plus dur là, mais ça va, quand même.". Ce à quoi j'avais répondu : "T'es mignon, toi. On sera sur les miles difficiles. Ca va faire mal, oui !". Je pourrais jurer que les montées avaient gagné en pente, depuis notre passage. Ca montait, ça descendait. Encore et encore.

Sur les premières rolling hills, j'ai regardé ma montre pour voir mon pace. J'aurais pu éclater de rire... intérieurement. L'effort fourni ne correspondait pas DU TOUT. Mon allure était celle que j'avais pensé être ma "death march". Pourtant, je n'étais pas en train de mourir. Juste, je faisais ce que je pouvais, mais ça n'allait pas plus vite.

Je me suis dit que, ouais, c'était ça le marathon. Mais, à ce moment donné, quoiqu'il en soit, les pensées ne faisaient que passer. Je n'imprimais plus. J'ai des images rétrécies en tête, comme si je portais des oeillères. Je ne me souviens pas si j'ai dépassé des gens. Je ne sais pas si je me suis faite dépasser. J'étais "aware" de tout mais ça ne faisait que passer.

Le dernier point d'échange avec le playboy allait arriver. On en avait discuté : "Au 21e ? Plus vers le 22e pour aider au moral ?". Impossible de me souvenir de la conclusion. Ce que j'attendais réellement, c'était la dernière montée avant la grande descente vers Cliff Drive. J'étais trop dans ma course. Je n'avais pas besoin d'un boost au moral. Le moral était là. C'était dur, mais j'étais là pour ça.

Juste après une montée, j'ai aperçu le playboy, dans la descente qui suivait, mon bidon rempli dans une main et une gourde dans l'autre. Depuis le bike path, j'utilisais tous les ravitaillements de la course pour me renverser un gobelet d'eau sur la tête. L'idée de m'asperger le visage avec la gourde m'a fait m'arrêter. J'ai ralenti. J'ai senti mes jambes. Seule chose que j'ai dite : "Oh non, j'aurais jamais dû m'arrêter.". J'ai pas traîné. Giclée d'eau sur le visage, échange de bidons, et je suis repartie. Le playboy a vu de suite que j'étais dans le dur. Sa nouvelle passion pour Instagram est passée à la trappe.

Je me souviens d'une pompom girl qui m'encourageait. Je me souviens d'un supporter en costume d'âne (en fait, c'était Scoubidou...). Je me souviens des pancartes des spectateurs. Une, en particulier : "Make Cliff Drive your bit**". J'ai surtout pensé : "WHERE is this bit**??".

Descente - miles 22-23.5 (km 35.5-38)

Mile 22, ENFIN, dernière montée avant de tourner vers la descente qui nous menait au pied de Cliff Drive. La montée, je ne l'ai pas sentie passer. Tellement prête à profiter de la descente !

Ligne droite, sans rolling hills, un soulagement... enfin, pas tout à fait. C'était dur. J'ai rigolé (encore une fois, TRES intérieurement) en repensant à ma "stratégie" d'avant course : "surtout, ne pas s'emballer, ne pas aller trop vite, ne pas s'essouffler". AH AH AH !! Les gars, je risquais pas de m'emflammer. Je luttais pour avancer à un pace qui m'est généralement facile, même sur du plat.

©Scott Christopher Stolarz Photography - on clique pour agrandir

J'ai entendu 2 mecs en train de discuter derrière moi. Je les ai vu arriver à ma hauteur. J'ai reconnu George, le pacer "3:25" avec un coureur. Je luttais pour DESCENDRE et, eux, discutaient tranquillement. VIE INJUSTE. Ils m'ont dépassée très paisiblement. Ca m'a permis de savoir où je me situais. Durant tout le marathon, je ne me suis inquiétée de mon temps total qu'au début, pour être sûre de ne pas être partie trop vite. L'idée d'essayer de les accrocher n'a même pas traversé mon esprit. Je n'étais pas là pour accrocher un temps. J'étais là pour finir MA course.

Et cette descente qui n'en finissait jamais... je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit si longue. Mais, elle a quand même eu le rôle escompté : me calmer pour me préparer à Cliff Drive.

Cliff Drive

Je l'ai vue de loin. J'étais tellement prête pour elle. Fin de descente, virage à 90, j'y étais. Mile 23.5.

C'était l'anarchie. La majorité des gens marchait. Je ne sais pas si c'était des coureurs du marathon, des coureurs du semi-marathon (parti avant et finissant sur le même parcours), des spectateurs. En réalité, je ne me suis pas posée la question. Je me suis concentrée et j'ai commencé à monter.

J'ai noté la présence d'une enceinte, au début de la côte. Pas de musique. J'ai pas cherché à comprendre. Mi-parcours, autre enceinte, et cette fois, musique. Musique inspirationnelle qui m'a bien fait marrer (intérieurement, toujours). Nan mais, les Américains et le sens de la mise en scène ! Et pourquoi une musique si lente, en pleine montée ?

"Chariots of fire" - theme song

Vers la fin de la montée, dernière enceinte, musique, mais, cette fois, plutôt du genre "Eye of the tiger". (j'ai pas réussi à retrouver l'air de celle-ci)

J'ai pas pensé une seule fois à m'arrêter pour marcher. C'était dur mais je l'attendais tellement, qu'en réalité, c'est passé relativement bien et beaucoup plus facilement que prévu. Les rolling hills étaient beaucoup plus dures.

Sur la fin, j'ai dépassé une femme qui marchait. Elle m'a dit : "Good job!". J'ai répondu en l'encourageant. Une fois en haut, et relativement au plat, cette femme est revenue en courant, à un très bon rythme. Elle m'a dépassée. Je me suis dit que c'était certainement une stratégie de course : monter en marchant pour s'économiser et repartir à fond.

Last stretch - 2 derniers miles

Je pensais au fait que je n'aurais pas pu faire ça au risque de ne pas réussir à repartir. Je pensais au fait qu'il fallait tenter de relancer. Puis, ça a tilté : maintenant, c'était sûr, j'allais finir ce marathon.

Point de ravitaillement en eau, j'ai vu la femme s'arrêter pour boire. J'ai continué ma routine : un gobelet sur la tête, sans m'arrêter. Je suis donc repassée devant elle. Là, pour la première fois, j'ai pensé que ce serait cool de pouvoir rester devant. Mais bon, avec une stratégie pour s'économiser et tout et tout, elle devait avoir l'habitude et j'allais bientôt la revoir passer en flèche. Sauf que, non, je l'ai jamais revue.

Il restait un peu plus de 2 miles. Je ne voulais pas me laisser penser que, ça y est, on y était. C'était toujours dur mais j'étais euphorique. J'ai vu l'océan et seule idée en tête : me jeter dedans.

J'avançais aussi vite que possible. Et, sans m'en rendre compte, je me suis retrouvée à la hauteur de George, pacer "3:25". J'ai pas essayé de le dépasser ou de le rattraper. Je courais, à ma vitesse. Il m'a encouragé quand je l'ai dépassé. Et puis, il est revenu à ma hauteur. J'ai compris qu'on allait finir ensemble.

Il restait un mile. On est entré sur le "veteran mile" : sur tout le dernier mile, des drapeaux américains étaient disposés des 2 côtés de la route, jusqu'à l'arrivée. On m'a donné un petit drapeau à tenir à la main. Il a fini calé dans ma ceinture.

George m'a un peu parlé. Il m'a dit qu'il se souvenait de moi, au retrait des dossards, car c'est lui qui me l'avait donné. Il avait noté que j'étais française. Il m'a dit, un peu désolé, qu'il était en avance sur le temps. Je lui ai répondu : "Even better!" En réalité, le temps était le cadet de mes soucis. D'ailleurs, je me souviens d'avoir dit à George, 2 choses : "I may die but I will finish this thing." et "I can't wait to take a dip into the ocean.". Voilà pour mon état d'esprit. J'aurais le temps de réfléchir APRES.

©Scott Christopher Stolarz Photography - on clique pour agrandir

Je ne sais pas si je suivais l'allure de George ou s'il suivait mon allure. Je ne sais pas si, seule, j'aurais couru ce dernier mile, aussi vite. Il a été mon point de repère sur ce dernier mile.

Je n'étais pas du tout dans l'émotion. J'étais dans l'effort. J'étais en train de finir mon premier marathon. C'était dur mais pas un calvaire. On ne voyait pas l'arrivée. Je regardais ma montre pour savoir si on y était presque.

Quand j'ai vu la ligne d'arrivée, j'ai sprinté, abandonnant George. J'ai entendu le playboy, crier, sur ma gauche.

J'ai franchi la ligne d'arrivée, le poing levé et la rage au ventre. Marathonienne.

©Scott Christopher Stolarz Photography - on clique pour agrandir

Après la ligne

J'ai arrêté de courir. J'ai pris appui sur une barrière, le temps de réhabituer mes jambes. Je ne sais plus quand, exactement, j'ai regardé ma montre. Ma montre, sur laquelle, il y avait écrit ça : 03:23:40.

Le temps, ça m'a pas tilté de suite. Et puis, sincèrement, c'était pas ça qui importait, là, sur le moment. Je ne réalisais pas grand chose. J'étais heureuse, c'est tout.


Le playboy est arrivé à ma hauteur, derrière la barrière. Il m'a regardé avec un grand sourire et il m'a dit une chose... Mais ça, on en reparle, la prochaine fois.


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