Mon premier marathon [1/2]

Marathonienne. Samedi, vers 11h, j'ai franchi la ligne d'arrivée du Santa Barbara Marathon. 26.2 miles / 42.2 km d'effort, joie, émotion, difficulté, concentration, dépassement de soi. La liste est longue. Je vous entraîne dans l'expérience de mon premier marathon.


Par où commencer ? Comment raconter ? Vous vous doutiez certainement que je n'allais pas réussir l'exercice de style de la concision. J'y ai cru, moi, et puis, j'ai capitulé. J'ai plein de détails, plein de sensations, plein d'images en tête. Et je veux les écrire. Pour vous les faire partager, mais aussi, pour, moi, ne pas les oublier.

L'avant-marathon

J'ai écrit mon dernier article, jeudi après-midi. Vendredi, je me suis réveillée sereine et pleine d'un nouvel élan d'optimisme et d'excitation. Malgré ce que je croyais, le retrait de mon dossard n'a pas fait chanceler ma sérénité nouvellement acquise. Vendredi aprem, vendredi soir, derniers préparatifs, toujours zen. Je me suis couchée concentrée et pleine d'excitation, mais pas de stress.

J'avais confié une mission au playboy. Une fois couchée, je lui ai demandé de me donner ses conclusions : où me placer dans le SAS de départ. Je ne voulais pas le savoir avant. Je ne voulais pas me décourager ou me faire peur sur un chrono. Premier marathon, aucune base sur la distance et aucune idée de la difficulté de la chose, je ne pouvais concrètement pas avoir d'objectif. Je n'en voulais pas. "Low expectations". Par contre, je connais les paces qui me sont naturels ou difficiles ou faciles (habituellement...). Les pace groups étaient donnés en temps de course. Je ne voulais pas faire le calcul moi-même, et surtout pas avant.

Réponse du playboy : "Tu te bases sur George." George, c'était le pacer du groupe "3:25". Yep... Ca ne m'a pas vraiment fait peur. Je ne voulais suivre aucun groupe. Je voulais juste pouvoir partir entourée de gens qui iraient à une allure proche de mon allure naturelle et faire ma course. Bon, malgré tout, j'ai déduit : je me mets entre la flamme "3:30" et "3:25". C'était trop tard pour gamberger plus que ça. C'était le but.

Matin du marathon - avant le départ

3h50, j'ai ouvert les yeux, sans l'aide du réveil (prévu pour 4h), et j'étais "wide awake". A ma surprise, pas de stress. A 5h35, on avait chargé la voiture (presque je déménageais, les gars : eau pour mon ravitaillement perso, running fuel, vêtements de rechange) et on était en route.

50 minutes de trajet. J'ai vu le soleil se lever. J'ai pu profiter des belles couleurs de l'aurore sur l'océan. No stress.

L'organisation avait prévu un point de drop-off des coureurs, un peu avant le gymnase qui servait de lieu de départ. Le playboy devait me laisser là avant d'aller se garer où il pouvait, essayer de me voir au départ et m'attendre pour le 9e mile.

Petite pointe de stress au moment de dire au revoir au playboy, dossard et ceinture porte-bidons en mains, je suis partie vers le gymnase. Il faisait froid. Je savais qu'on pouvait entrer dedans pour attendre le départ. Le playboy est arrivé en courant derrière moi. Il avait pu se garer sur le parking. J'ai donc attendu avec lui.

Vers 7h, je suis sortie pour faire un petit tour d'échauffement, régler ma ceinture et en profiter pour vous faire un petit coucou de warrior sur Instagram (#rapogwarrior ;-)). Pas de stress, juste de la concentration et de l'excitation.


Roar!!!

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7h15, le speaker a demandé aux coureurs de s'avancer sur la ligne de départ. J'ai attendu que les pacers se placent. J'ai laissé le playboy et je me suis mise entre le pacer 3:25 et le pacer 3:30.

Les courses (marathon et semi-marathon) étaient dédiées aux vétérans, pour le 11 Novembre. On a donc eu droit à un survol d'avions militaires datant de la 2e Guerre Mondiale. Il faisait froid car le soleil ne nous réchauffait pas encore. Je tremblais, mais ce n'était pas dû qu'au froid. Je réalisais le truc.

Puis, moment habituel sur les courses ici, avant de donner le départ, hymne national. C'était un instant très solennel. Tous les coureurs autour de moi avaient la main sur le coeur. Un grand drapeau américain flottait en haut d'une échelle de camion de pompiers, stationné là pour l'occasion. J'étais déjà un peu dans l'émotion. Ca m'a achevée. J'avais envie de pleurer. Je me suis ressaisie car, #1, je suis française (je vais pas pleurer sur l'hymne américain, nanméoh !), et, #2, ça aurait été bête de tomber dans les pommes AVANT de courir. Vous imaginez la photo Instagram ? #rapogwarrior tombée au combat.

Et puis, décompte du speaker : 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1... GO TIME !

Go time

C'est parti! Let's go Marjolaine!

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Passage de la ligne, dernier moment d'émotion en lançant ma montre : "je cours mon 1er marathon !!". Après ça, je suis passée en mode concentration et écoute de mon corps. C'était MA course.

Je me suis sentie light. Les jambes étaient fraiches. J'étais contente d'y être.

J'avais repéré le parcours et étudié la map. Je m'étais découpée la course en étapes :

1 - semi-marathon ++
Jusqu'à atteindre un bike path (mile 15), on laisse aller, sans forcer. On ne s'affole pas sur les paces. On checke : si je tape des miles que je fais habituellement en sprint, on calme la machine / si je suis sur un pace de promenade, on voit si c'est juste que la forme n'est pas là ou si c'est que je retiens trop. J'étais quand même là pour faire une course, pas une promenade de santé. Le parcours n'est pas des plus intéressants donc on se blinde.

2 - miles 16 à 20
Bike path, moment de sérénité et de soulagement après la boucle pas super intéressante. On prend de la force avant d'attaquer la partie difficile.

3 - miles 20 à 22
Rolling hills, on gère comme on peut. Ca sera normal, à ce stade là, d'avoir du mal et de forcer.

4 - descente
Descente avant Cliff Drive, on retient la machine. On ne descend pas vite. On garde ses forces pour après. But : arriver non essoufflée en bas.

5 - Cliff Drive, mile 23.5
ON NE S'ARRETE PAS. Ou seulement si détresse absolue. On monte, doucement, mais on monte.

6 - last stretch
2 derniers miles majoritairement en descente, on finit coûte que coûte. On donne ce qu'il reste à donner.

Semi-marathon

J'avais bien fait de me placer correctement au départ. J'étais entourée de coureurs qui allaient à mon allure. Le but était de courir décontractée. Je rentrais dans mon run et dans ma tête quand, avant même le 2e mile, un homme qui courait à mes côtés m'a adressé la parole. Quelques petites questions, un high five quand il a réalisé qu'on partageait la même expérience : premier marathon. J'ai trouvé ça sympa... au début. Sauf qu'il me tenait la jambe. Et vas-y que je discute, et vas-y que je fais fièrement partager le son du téléphone donnant les paces. Heeuuu... EXCUSE MOI mais je cours mon 1er marathon, j'aimerais profiter de MON expérience. ET J'AI PAS ENVIE DE CONNAITRE TON PACE.

Je ne me suis pas laissée déconcentrer. Je répondais aux questions très brièvement. Je n'aurais pas hésité à lui dire de me laisser tranquille s'il avait fallu. Surtout après qu'il m'ait demandé si j'avais un "significant other"... seriously?!

On était dans la partie facile. Légère descente jusqu'au 5e mile. Parcours pas très intéressant, mais finalement sans grande importance, à ce moment là. Quelques personnes pour nous encourager, tout de même. J'avais toujours mon trublion qui gravitait autour de moi. Il zigzaguait pour aller taper dans les mains ou draguer les jolies spectatrices.

Après le 5e mile, légère montée jusqu'au 8e. Ne pas forcer. Je savais que j'allais voir le playboy au 9e mile et échanger mon bidon d'eau. J'ai fait en sorte de boire graduellement et être sûre de finir mon bidon.

Au 7e mile, le trublion, qui avait fini par décrocher, m'a crié : "See you at the finish line!". Sans me retourner, je lui ai fait un signe de la main. OUF!

Près du 9e mile, j'ai reconnu, de loin, le gymnase du départ. Premier point d'échange avec le playboy. J'ai fini ma gourde et, hop, échange de bidons, sans m'arrêter. Pas la peine de perdre le rythme.


Miles 9 - Km 14.5 1h07. La forme!

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Cette partie, que j'avais pensé ennuyeuse, était passée sans problème. Mais je ne me faisais pas d'illusion, ce n'était qu'un début et je savais que j'étais maintenant partie pour toute une avenue longue de 10 km.

C'était calme. Le soleil commençait à chauffer. Je me souviens avoir regardé ma montre pour calculer où j'en étais par rapport au semi-marathon. Je voulais être sûre de ne pas être en train de taper mon record sur la distance. Je me doutais que non, mais j'ai préféré vérifier.

J'étais entourée d'un peu toujours les mêmes coureurs. On était assez peu. Je naviguais près d'un homme au T-shirt gris. Dès que mon rythme me faisait le dépasser, il s'accrochait pour repasser devant. Je ne sais pas vraiment si c'était fait exprès, ou si j'étais un repère pour lui, tout simplement. Je me suis fait la réflexion qu'il était déjà assez essoufflé. Et ça m'a fait réaliser que moi pas. Bon signe pour moi.

Un peu avant la marque de mi-parcours, j'ai entendu une troupe arriver derrière moi. J'ai pensé que c'était le groupe "3:25". J'avais dépassé le pacer vers le 5e km (il était parti trop vite et avait donc ralenti pour égaliser). Pas de problème, c'était juste un repère pour moi, du moment que je me sentais ok. Finalement, c'était un groupe de 3 personnes dont une femme. Et ça rigolait pas. Je me suis d'ailleurs demandée ce qu'ils faisaient derrière depuis tout ce temps, vu l'allure qu'ils avaient maintenant.

Je crois n'avoir pas regardé ma montre pile au point de semi-marathon. J'ai juste vu que je n'étais pas dans un temps complètement off (ni dans un sens, ni dans l'autre).

Quartiers résidentiels donc un peu plus de spectateurs. Les gens nous encourageaient avec parfois pancartes, cow bells et musique. Je répondais toujours par un sourire, un petit signe. J'ai déchaîné les foules d'un petit groupe avec musique quand j'ai esquissé, avec les épaules, un semblant de mouvement de danse. Ca leur a plu ! Mon sourire plaisait beaucoup aussi. J'ai entendu des : "this smile!", "and she is smiling!". Le playboy m'a dit, après, que ça ne l'étonnait pas car les coureurs avant moi étaient, en majorité, très fermés.

Du 12e au 14e mile, ça montait graduellement. Je l'ai senti. Je me concentrais sur le fait d'atteindre bientôt le bike path et sur mon bidon que je devais finir avant de faire mon 2e échange.

1 ou 2 spectateurs ont commencé à me dire : "top 10 women" (Ils sont à fond les Américains. J'en ai un qui a cru que je courais les Jeux Olympiques : "You can do it! 2 not so far in front of you!"). Mais, ça m'importait guère. J'étais pas là pour ça. Et, quoiqu'il en soit, il était encore tôt dans la course. Ca ne voulait rien dire.

Le soleil tapait. Je ne peux pas dire que, pendant toute la course, je me sois vraiment rendue compte de la chaleur. Je courais. J'avais chaud. J'ai pas cherché plus loin. J'ai débattu le fait de prendre ma casquette au prochain point de rencontre avec le playboy ou au suivant. Je préfère courir sans casquette, mais je me suis dit qu'il valait mieux être prudente.

Ligne droite avant le bike path, je cherchais des yeux le playboy pour lui signifier, de loin, qu'il se prépare à me passer la casquette. Une fois repéré, préparation du bidon, et, à sa hauteur, échange et récupération de la casquette. Tout ça, toujours en courant.


Mile 15 - Km 24 1h56. Looks strong!

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Le bike path, je me l'imaginais calme, boisé, reposant et relativement plat. Dès les premiers mètres, j'ai su que ça n'allait pas tout à fait se passer comme prévu...


Pour info, sachez que je n'avais donné aucune directive au playboy concernant les photos sur Instagram. Pour être tout à fait honnête, j'avais même peur de lui avoir suggéré de poster une p'tite photo, si possible, histoire de. Ce qui m'intéressait, c'était qu'il me passe mes bidons d'eau. Je ne voulais pas qu'il tâtonne en voulant faire trop de choses en même temps car, les réseaux sociaux, ça ne l'intéresse guère. Finalement, on peut dire qu'il s'est découvert un talent caché d'animateur Instagram ! C'est qu'il vous a tenu en haleine, dites donc !


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Prochaines courses

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Miles / km

  • 1 mile = 1.6 km / 1 km = 0.6 mile
  • 5K = 3.1 miles
  • 10K = 6.2 miles
  • half marathon = 13.1 miles = 21.1 km
  • marathon = 26.2 miles = 42.2 km